Plus de 300 entreprises françaises sont présentes en Turquie

Le Monde

ISTANBUL correspondance

A l’image de Renault, près de 300 entreprises françaises, dont la plupart des grands groupes du CAC 40, ont pris pied sur le marché turc. "Tout a changé depuis 2004, affirme un conseiller du commerce extérieur français à Istanbul. Je constate un intérêt nouveau et soutenu pour le marché turc, qui avait subi un désintérêt profond ces dernières années. Le nombre de contacts a été multiplié par quatre."

Un constat qu’a pu réaliser Louis Schweitzer, le nouveau président du Medef international, en visite, lundi 13 et mardi 14 juin, à Ankara et à Istanbul en compagnie de 40 grands patrons français. Le sidérurgiste Arcelor s’apprête à acquérir le producteur d’acier turc Erdemir, bientôt privatisé. Le groupe hôtelier Accor, dont la Turquie est une de ses priorités, a lancé une série de chantiers à travers le pays.

"Il est impensable de ne pas être présent en Turquie. Son instabilité faisait peur, mais tout semble rentrer dans l’ordre. Tous les clignotants sont au vert" , assure Patrick Fournier, le directeur régional d’Accor. Et de grands chantiers suscitent la convoitise, comme celui du Marmaray, un tunnel ferroviaire creusé sous le détroit du Bosphore, où Alstom essaye de se placer.

"UN PAYS OUVERT, PROCHE DE L’EUROPE"

"Les secteurs de l’eau, de l’énergie ou des transports ont des besoins particulièrement importants compte tenu de la croissance de la population et de l’urbanisation du pays", constate M. Schweitzer. Areva, par exemple, espère profiter du programme nucléaire concocté par le gouvernement turc qui prévoit la construction de trois ou quatre réacteurs d’ici à 2015. "Nous avions obtenu le contrat de la première centrale en 1997, mais le projet a finalement achoppé sur des problèmes financiers, rappelle Paul Felten, vice-président du groupe Areva pour le développement. Maintenant, nous nous plaçons pour un contrat qui sera signé vers 2009. C’est un pays ouvert, proche de l’Europe et il n’y aura pas de difficultés politiques. La question sera le financement."

Les finances turques ne laissent en effet que peu de marge. "Depuis que l’économie a été placée sous tutelle du Fonds monétaire international -FMI-, tous les investissements sont arrêtés" , note le conseiller au commerce extérieur. Toute dépense doit être soumise à la "garantie souveraine" du Trésor turc.

"La Turquie a longtemps été un pays de gros contrats pour la France, selon Jean-Antoine Giansily, chef de la mission économique française d’Istanbul. Le gaz d’Istanbul, le stade olympique Atatürk ou les turbines de barrages du Sud-Est anatolien en sont des exemples. Aujourd’hui, on s’attaque à la consommation."

Des PME, des transporteurs, des sous-traitants automobiles, commencent à investir avec succès dans le pays. Le secteur bancaire tente de rattraper son retard. BNP Paribas a acquis la TEB, dixième banque privée turque. La Société générale ou le Crédit agricole pourraient aussi se lancer dans la bataille d’ici à la fin de l’année.

Guillaume Perrier